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Beni Menaceur

 

BENI MENACEUR

Marceau, telle a été la dénomination coloniale de l’actuelle Menaceur, agglomération située à 35 kilomètres au sud-ouest de Tipaza, a toujours été connu pour sa résistance aux hordes d’occupation du général de Bourmont, coupeuses d’oreilles et du rouleau compresseur du général Challe. Bien avant, Phéniciens, Romains et Vandales virent se briser leurs rêves dominateurs sur les récifs de l’expugnable mont du Chenoua. L’association culturelle «Le cercle de l’âge d’or» a, en date du 12 janvier 2013, coïncidant avec l’année amazighe d’Yennayer, eu la main heureuse en organisant au niveau de la belle salle de conférences de la commune de Hadjout, une rencontre à visée mémorielle consacrée au rôle du clan El Barkani dans la résistance à l’occupation coloniale de l’Algérie. Même si l’attache généalogique des intervenants avec les acteurs de l’époque et dont il sera question dans le propos, était évidente, il n’en demeure pas moins que la mémoire collective ne peut à elle seule, contenir dans l’oralité des trésors identitaires dont seule la transcription, peut soustraire à l’injure du temps. Mme Nora Sari Zertal, enseignante, maitre Nadir Bekkat Berkani, avocat et M. Kelil Lacène, chimiste/enseignant et président de l’association, ont réussi avec brio à cristalliser autour de l’objet débattu, l’attention d’une assistance intellectuellement triée sur le volet. Les dames, relativement nombreuses, battaient en brèche par leur forte présence et leurs interventions, cette dominance machiste et surfaite du sexe opposé. Le seul point noir à l’indicatif de cette rencontre, a été, sans nul doute, la présence ignorée de petites girls-scouts et boy-scouts sagement assis qui ne devaient pas bien saisir les discours faits dans la langue de Molière. Une défaite posthume et de plus pour les Berkani et consorts dont la résistance à l’occupant est le principal sujet de cette manifestation. M. Boualem Benhamouda, moudjahid et ancien ministre et invité d’honneur, sauva quelque peu la mise par sa courte intervention en langue arabe ce qui n’enleva rien à la teneur historique de l’évènement. Bien au contraire. Diaporamas à l’appui, M. Lacène, premier intervenant, brossa un tableau sur la saga des Brakna venus de leur lointain «Trab El Brakna » en Mauritanie du Nord pour s’installer d’abord, en Andalousie puis au Magreb central ensuite. L’Inquisition catholique, menée par Isabelle de Castille et Ferdinand d’Aragon les en débouta en 1492, tout comme leurs coreligionnaires de l’époque. Les Brakna fuient le paradis perdu pour rejoindre le Rio d’El Oro (actuel Sahara occidental). L’exode a eu du bon pour beaucoup, car ils purent côtoyer, des savants et des exégètes de l’Islam. Ils se familiarisèrent au mysticisme religieux pour ensuite, porter la bonne parole dans ce Maghreb central plongé dans la pénombre du déclin. Abdallah, un des petits fils du patriarche à la tête de la tribu éponyme quitta Sakiet El Hamra, fait le parcours inverse de ses ancêtres Hassanites venus de leur lointain Hidjaz dit-on. La première halte se fera autour de 1520 à Médèa, ville fondée par les Zirides. Mohamed El Barkani, y mourra en 1550, sa notoriété religieuse lui fera ériger le mausolée connu jusqu’à ce jour et en fera le saint patron de la cité millénaire. Son fils M’Hamed, dont la descendance était composée de Aicha, Said et Moussa, s’installera quant à lui au pied du massif des Boumâad dans la tribu berbère des Beni Menaceur qui lui fit allégeance spirituelle et l’aida à ériger une grande zaouïa où l’on enseignait le Coran et les préceptes religieux qui seront à la base d’ailleurs, de cette opiniâtreté dans la résistance dont a fait preuve la tribu. C’est à partir de la zaouia que son descendant Mohamed Benaissa El Berkani lèvera une armée de combattants contre l’occupant et deviendra ainsi, l’un des principaux khalifa de l’Emir Abdelkader ; il constituera avec cet autre combattant de la foi, Mohamed ben Allal, neveu du chef spirituel El Hadj Mahieddine Es Seghir ben Allal ould Sidi M’barek, le fer de lance de la résistance des Hadjout dans la Mitidja. Cette tribu aurait disposé de 18.000 combattants sur un total de 60.000 âmes. Quant à maître Berkani-Bekkat dont la verve d’avocat transparaissait à travers son exposé, tint en haleine l’assistance toute ouïe. Prenant, délibérément, partie contre l’histoire, il affirme que le Khalifa Mohamed Benaissa El Berkani n’a pas eu la place et le rang qui lui reviennent de droit. Issue de la vieille dynastie Senhadja venue du Sud et d’en Menad en était l’aïeul, s’établira à Médèa, à Azazga et Miliana.D’aucuns rattacheraient le patronyme à la cité d’Aberkane dans le sud marocain, d’autres au teint foncé de l’aïeul. Aberkane : noir en berbère. Bien avant 1830, le clan des Brakna composé de 80 personnes disposait de 5000 hectares. Ces derniers firent l’objet plus tard de séquestre, qui s’est transformé en dépossession par le juridisme inique du Senatus consulte (décret du sénat) de 1863. Et c’était là, le début d’une colonisation spoliatrice des biens des autochtones, devenus des indigènes sans terre. En sa qualité de chef spirituel, il devenait de facto chef de guerre et levait ainsi 7000 combattants, pour participer, le 14 juin 1830, à la bataille de Staoueli. Et ce n’est en fait qu’en 1832 qu’apparut Abdelkader Ibn Mahieddine à l’issue de la«Moubaya» des trois grandes tribus de l’Ouest. Cet érudit que rien ne prédestinait au commandement, devenait à l’âge de 22 ans un interlocuteur politique et militaire respecté par ses propres adversaires. Précédé de sa réputation après sa victoire du 28 juin 1835 sur le général Trezel à la «Macta », il n’eut aucune peine à rallier à sa cause El Berkani et Mahieddine Es Seghir lors de leur rencontre de Djendel chez les Baghdadi. La résistance des Beni Menaceur, conduite par Abdelmalek Sahroui El Berkani, neveu du premier nommé, constitua le principal thème de la remarquable intervention de Mme Nora Sari. Richement documenté, le plaidoyer de la conférencière mené tambour battant, focalisa l’attention de l’assistance sur l’odyssée de ce héros victime expiatoire d’une colonisation sanglante nourrie par des lâchetés locales. Il mena la lutte sur les fronts, interne et externe pour subir, en guise de pénitence, lui et les siens les affres de la déportation. Né en 1801, mort en 1871, il consacrera 46 ans de sa vie à lutter contre l’occupant dont 16 au bagne de Sainte Marguerite au large de Cannes en Méditerranée, rendu célèbre par «Le masque de fer d’Alexandre Dumas ». La tribu des Beni Menaceur, est ce conglomérat de centres urbains, hameaux et mechtas occupant le pâté montagneux, situé entre Cherchell, Miliana et Hadjout. Elle était répartie sur plusieurs unités administratives, elle comprenait en 1871: La commune de Gourine appelée les Beni Menaceur Cheraga et dont les Brakna faisait partie, la commune de Sidi Sémiane comprenait les Beni Menaceur Ghraba, elles relevaient toutes deux du cercle militaire de Cherchell, les communes du Zaccar et Bou Maâd qui couvraient les Beni Menaceur Djebailya relevaient du cercle militaire de Miliana. La colonisation, appliquait par cette dichotomie, la règle d’or de la diversion : «Diviser pour régner ». Au nombre de quatorze fractions, les Beni Menaceur, fort de leur conviction religieuse et leur bon droit, s’opposeront, sous la houlette de Malek Sahraoui Tahar neveu de Sidi Mohamed Benaissa El Barkani, mèneront une résistance acharnée à l’occupation pendant près de quatre décennies. Après la nomination de son oncle par l’émir au poste de khalifa du Titteri, il devient de facto chef de la tribu. Il assure l’intérim jusqu’en février 1842, date de son arrestation et de tout le clan. Cette glorieuse résistance, sera réprimée par le sabre et le feu. Et pour prévenir toute velléitaire résistance, on faisait recours à la captivité par la déportation collective. Cette captivité durera 16 ans pour les 94+1 membres du clan. Le 95è bagnard, était un bébé né pendant la traversée de la Méditerranée. L’arrêté de déportation, daté du 10 février 1842, stipulera que la zaouïa sera rasée, les archives brulées et les biens mis sous séquestre. Ainsi, la politique de la terre brulée et de la déculturation faisait une entrée tonitruante. Cette stratégie, ne faisait que durcir encore, la position des bastions de résistance restés debout. On pouvait éteindre le feu, mais on n’étouffait, jamais, les braises. Au début de 1844, Malek et sa famille sont transférés de Sainte Marguerite au camp de prisonniers de Bône en Algérie et ce jusqu’à décembre 1845. Il s’en évadera pour rejoindre la résistance des Beni Menaceur. Il sera, malheureusement, arrêté le 5 janvier 1854 et reconduit à l’ile Sainte Marguerite. L’élargissement des Braknia, ne sera prononcé qu’en 1858. De retour dans sa tribu, il fera un appel à la mobilisation des dix principaux chefs de tribus. C’est ainsi que par le biais du caid Braham El Bouzidi des Beni Zoui, vieux serviteur de la zaouïa El Berkania, il entrait en contact avec le caid Ahmed Ben Djelloul de la tribu Zatima et avec les chouyoukh de Gouraya et des Larhat. Ainsi conforté par les adhésions, le soff des Brakna pouvait lancer le «Djihad ». Les multiples raisons de l’insurrection, selon l’historien Louis Rinn et d’après les rapports militaire consultés par la conférencière, ne furent en réalité que des prétextes au soulèvement. La cause cardinale était de débouter l’occupation française hors du territoire des Maures. Le 13 juillet 1871, la guerre sainte est proclamée à 15 kms au sud de Cherchell, au marché de Souk El Had des Beni Menaceur. Louis Rinn en dit en substance, nous citons : «Là, on se sentit en nombre ; le Djihad fut demandé à grands cris et voté par acclamation ; il fut décidé que le lendemain on marcherait en 3 colonnes, sur Novi (Sidi Ghilès), Cherchell et Zurich (Sidi Amar). Malek n’assistait pas à la réunion, mais il n’était pas loin. La foule alla le chercher, il fut entouré et acclamé et mis en demeure de prendre le commandement du Djihad » Fin de citation. Les escarmouches, les pillages et les attaques allaient durer du 14 juillet au 21 aout 1871 soit 38 jours. La révolte ne s’arrêtera pas, cependant, avec la mort de Malek Sahraoui Tahar El Berkani qui eu lieu le 2 août près de Zurich. Ainsi s’achève la glorieuse saga d’une famille, partie des bords du fleuve Sénégal pour une hasardeuse épopée et qui près de 4 siècles plus tard, est encore mise en opposition avec des soudards croisés dont elle a subi la persécution en Andalousie post islamique. [b][/b]

Merci à Kamel Sahraoui

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Commentaires (2)

Kamel SAHRAOUI
  • 1. Kamel SAHRAOUI (site web) | 16/02/2013
Ce qui m’irrite le plus est le fait de rajouter EL BERKANI à leur nom patronomique, sachant pertinemment qu'ils n'ont pas le droit de fausser ni les origines, ni l'histoire ni les faits réels d'un authentique et glorieux Martyr qui a accomplis sa noble et humble mission nationale et universelle,... Hélas oublié par notre histoire commune et Algérienne , cependant les descendants direct dont notamment une académicienne mondialement connue tenons à remercier vivement les organisateurs de cette conférence laquelle est très enrichisante du point de vue d'une éventuelle et authentqiue réécriture de notre histoire !!!!................http://elmanchardehadjout.wordpress.com/2013/02/15/la-deportation-des-braknas/
Khaled B
  • 2. Khaled B | 25/01/2013
Je n'ai pas raté la conférence portant sur "La résistance algérienne au XIXième siècle au pays des Beni Mennacer" organisée par "L'Association âge d'or" dont je suis membre.

Cette conférence s'est tenue à la salle de conférence de l’APC de Hadjout le samedi dernier, 12 Janvier.
Ce jour de nouvel an amazigh Yennayer 2963 que nos aïeux les M’nasseris fêtaient généralement avec el halmouche, eddoum, les kouirettes (boulettes de semoule aux herbes forestières) et organisaient des manifestations festives durant ce jour.
Souhaitons une bonne année aux M’nasseris et à tous les Algériens : Assegas amegaz!

Sincèrement je ne m'y attendais pas à la haute qualité des exposés et la maîtrise du sujet par les conférenciers.

L'exposé de mon ancien camarade de classe, Khelil, a été concis et bien appuyé par des diapos aidant les non avertis sur l’origine de Mohamed Ben Aissa El Berkani d’El Berkani affilié à une famille ancestrale originaire de " Aberkane " au Maroc. Sans aucun doute qu’il s’agissait des Amoravides, ces porteurs de litham, ces missionnaires guerriers qui après avoir soumis le Maroc, ils entamèrent le début du XIième la conquête de l’Algérie et deviennent maîtres de Tlemcen, Oran, Ténès, l’Ouarsenis et de tout le pays jusqu’à Alger avant de passer en Espagne après l’appel des roitelets andalous en perte de vitesse et menacés par les Espagnols.
Nombreux sont les M’nasseris qui se disaient et qui se disent encore que leurs ancêtres sont venus de Saguia el Hamra?

Mon ancien camarade de lycée, Nadir , quant à lui a présenté un « cours magistral » portant sur l’Emir Abdelkader, que dis-je ? sur Mohamed Ben Aissa El Berkani. C’est toute la conquête coloniale de l’Algérie qui a été passée en revue : résistances des Algériens face aux armées coloniales commandées par les bourreaux tels que Bugeaud, Berthezène, Rovigo, Changarnier…

Le troisième exposé a été présenté par Mme Sari. Un exposé très riche en documents et bien argumenté sur le parcours historique de Mohamed Ben Aissa El Berkani Calife de l'Emir Abdelkader (dès le début de la pénétration des armées françaises) et le soulèvement le début des années 1870 des Beni M’nacer sous l’autorité de Cheikh (ou Caïd) Malek El Berkani, mort au champ d’honneur en août 1871, au cours d’une bataille à Bakoura près de la région de Sidi Amar (ex Zourikh).
La conférencière nous a lu certains documents d’archives forts utiles pour les personnes intéressées par l’histoire et exposé les affres subies aux Braknas (aux Manaceris) (confiscation des terres, spoliation des biens, condamnation aux travaux forcés, déportation).

Recommandations transmises à Khelil :
- - Voir avec l’APC de Hadjout la possibilité de donner le nom de Mohamed Ben Aïssa el Berkani et /ou à Malek El Berkani à une rue ou un édifice municipal à Hadjout ;
- - Etudier la possibilité d’inscrire à l’université d’Alger (Histoire) un sujet de magister sur ces révolutionnaires de première heure. Généralement les conférenciers traitant ce sujet ne sont pas des historiens à proprement parler;
- - Etudier la possibilité de récupérer des archives détenues par la France et également par la Turquie, pays dont on n’a malheureusement pas évoqué au cours de la conférence notamment les relations et communications des tribus montagnardes des Beni Menacers avec l’autorité ottomane de l’époque. A part la collecte de l’impôt, il me semble que les institutions turques n’avaient aucun pouvoir direct sur ces tribus affiliées chacune à un cheikh héréditaire et que même les contacts avec les Andalous ou Morisques de Cherchell étaient très limités;
- - Harmoniser les exposés avant toute conférence pour éviter les redites et s’assurer de la véracité des informations portant sur certains faits et données chiffrées;
- - Donner les références des sources et documents sur lesquels les conférenciers se sont appuyés ;
- - Tenir compte de certaines légendes ancestrales qui portent sur les us et traditions des M’nasseris … et il y en a. Les « Amis du Chenoua » font un travail formidable dans ce sens.
- - Coordonner les associations de la région avec El Barkania et notamment les projets que certains natifs de la région souhaitent lancer particulièrement « El Manasria » qui comptent affilier les originaires des anciennes structures tribales (Sidi M’hand ala Tizi, Sidi M’hand Aqlouche, Sidi Semiane ...
- - Corriger le nombre des « douze cavaliers » fournis par les tribus Hadjoutes le 14 Juin 1830 lors de la bataille de Staouéli. Il s’agit du nombre total des armées des Hadjoutes et celles de Régence d’Alger. C’est une erreur de ma part communiquée le 03/07/2008 dans un article repris par la presse nationale sous le titre « Les Hadjoutes, les résistants de la Mitidja » ;
- - Présenter les exposés également en langues arabe (ou mixer arabe et français) et si possible partiellement en M’nasseri (le kabyle de chez nous) du fait que plusieurs auditeurs ont été frustrés que les exposés ont été présentés uniquement en langue française et aucun mot n’a été prononcé en "Kabyle de chez nous". Iss 3ou3ou is qaqaï comme disaient nos aïeux. Ce qui tend à expliquer la raison pour laquelle les débats n’ont pas assez été nourris alors que le public présent était nombreux ;
- - S’adresser aux archives des domaines de la Wilaya de Blida pour ceux qui sont intéressés par la matrice patrimoniale de leurs aïeux : titres de propriétés établis par arrêté par le gouverneur général de l’Algérie en application de la loi soumettant la souscription des douars des Beni Menacers après rapport du commissaire enquêteur pour la région après dépossession totale ou partielle des terres. Sur ce sujet, je possède des titres datant de 1879 qui m'ont aidé à retracer certaines informations très intéressantes sur mes propres aïeux .

En conclusion de cette conférence, nous pouvons dire sans aucune hésitation que le peuple algérien n’a jamais baissé les bras et a toujours combattu l’occupant durant 132 années jusqu’au recouvrement de l’indépendance de notre pays.

« Ne crois surtout pas que ceux qui sont tués dans le chemin de Dieu sont morts. Ils sont vivants ! Ils seront pourvus de biens auprès de leur Seigneur » SIII V169

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